Description de l’ouvrage
Izon a la chance d’avoir eu parmi ses concitoyens les deux plus grands érudits bordelais du XIXe siècle : Jules Delpit (1808-1892) et Leo Drouyn (1816-1896). Tous deux ont étudié leur commune – son histoire, ses monuments, ses paysages – et tous deux ont rédigé une synthèse de leurs travaux.
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Celle de Delpit est un texte manuscrit inédit, écrit dans la décennie 1840-1850 et modestement intitulé “Notes sur la commune d’Izon”. Leo Drouyn a appelé le sien “Izon – Essai historique et archéologique”. On en a le texte manuscrit, daté de 1872, et à partir de là, un texte publié en 1875 par l’Académie de Bordeaux, avec quelques nouveaux développements. C’est, à la suite de la monographie de Jules Delpit, ce dernier texte que nous publions – enrichi cependant de passages du manuscrit que, pour diverses raisons, Drouyn a ôté de sa publication imprimée.
Christophe Blanquie et Bernard Larrieu, les deux meilleurs connaisseurs aujourd’hui des œuvres de J. Delpit (C. Blanquie, Radicalement historien, Jules Delpit, 2023) et L. Drouyn (B. Larrieu, Entre art et science, Leo Drouyn, cet illustre inconnu, 2011) ont rédigé les préfaces de cet ouvrage qui réunit les monographies sur Izon des deux grands érudits.

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Izon, la genèse…
Voici l’histoire de deux hommes qui avaient Izon en partage.
Leo Drouyn y est né en 1816 ; les parents de Jules Delpit y avaient une maison ; à peine plus âgé (il était né à Bordeaux en 1808), il y venait souvent et, comme Drouyn, s’y adonnait à ses passions, dont le dessin.
Établis à Bordeaux, ils y revinrent toute leur vie et s’y attachèrent encore plus par leur mariage : Drouyn épouse en 1838, à 22 ans à peine, Anne-Marie Montalier, née à Izon ; Delpit se marie à Izon, en 1857, à 49 ans, avec Emma Raboisson, également originaire de la commune, et cousine germaine de Mme Drouyn. Rien d’étonnant à ce que les deux hommes se fréquentent, surtout après la fondation par Delpit, en 1859, de la Société des archives historiques du département de la Gironde où Drouyn perfectionna sa pratique de l’histoire.
Artiste-archéologue, avant de devenir historien Drouyn a beaucoup dessiné les paysages de sa commune natale ; c’est là qu’il a développé son attention pour les arbres et sa capacité à rendre les contrastes de leur feuillage dans la lumière et le vent. Cet attachement transparaît évidemment dans leur œuvre respective comme dans leurs travaux communs.
Izon a en effet les honneurs des premiers numéros des Archives historiques et n’est pas oublié dans la Guienne militaire de Drouyn (1865).
Cependant, ce n’est que tardivement que ce dernier consacre une monographie à sa commune natale. Il faut en effet attendre 1875 pour qu’il soumette son étude à l’Académie de Bordeaux. Au vrai, il a inauguré l’année précédente les « promenades archéologiques » qu’il publie dans la revue de la jeune Société archéologique de Bordeaux par l’église d’Izon, qu’il décrit dans son état antérieur à sa restauration. Il en remploie ici des pages. Or ce travail précède l’ouverture de la série des Variétés girondines, caractérisée par l’association de l’archéologie (des gravures !) et de l’histoire. Autrement dit, Izon est à la fois un départ, un aboutissement et un prélude.
Étrange équilibre, l’historien respecte scrupuleusement les règles du genre mais parle volontiers à la première personne. Il s’inscrit ainsi dans la communauté qu’il décrit : « Pierre Lambert était bisaïeul de ma mère » ; M. Seigneuret est « un des ancêtres maternels d’Anne-Marie Montalier, ma femme ». Il se fait témoin quand il fait état de ses prospections archéologiques. Il atteste quand il décrit la maison qu’il possède et en explique le nom : la Chapelle.
Enfin, est-ce au goût du pittoresque, à une forme de mélancolie ou un souvenir d’enfance, que l’on doit la description de la pêche au toc dans les eaux de la Dordogne ? En bon chroniqueur, il allie précision des informations et sensibilité, comme lorsqu’il déplore le tort fait aux pauvres gens par le partage des communaux.
Les notes inédites de Jules Delpit sur Izon apportent un heureux contrepoint. Œuvre de jeunesse, assurément, qu’il aurait pu compléter par la suite. Il a préféré ouvrir ses archives à Drouyn, lequel lui a en contrepartie offert cinq kilos de papiers provenant des archives du château d’Anglade. Il y a ainsi du Delpit chez Drouyn et du Drouyn chez Delpit : c’est l’histoire qui a réuni ces deux-là.
Christophe Blanquie
Bernard Larrieu






