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Marc FAVREAU, Le château de Cadillac.
De la demeure du « demi-roi » au monument historique (fin du XVIe siècle-début du XXe siècle).
Camiac, Éditions de l’Entre-deux-Mers, 2021, 26 cm, 382 p., 174 fig. et fig. coul., plans, index.
ISBN : 978-2-37157-046-7, 32 €.
Le château de Cadillac, à une trentaine de kilomètres au sud-est de Bordeaux, est l’un des plus importants monuments élevés en France sous le règne d’Henri IV. Bâti pour Jean-Louis de Nogaret de La Valette, cadet de Gascogne devenu duc d’Épernon, pair et colonel général de l’infanterie de France par la faveur d’Henri III dont il fut l’un des « archi-favoris », ce grand édifice apparaît comme une démonstration monumentale, l’« emblème d’un lignage » ainsi que le note Anne-Marie Cocula dans sa belle préface. Cette grande construction a de longue date attiré l’attention des érudits et différentes publications, où se signalent entre autres les noms de Charles Braquehaye et Paul Roudié, ont apporté de nombreuse
s informations à son sujet. Cet intérêt n’a fait que croître après la fermeture en 1952 de la prison qui avait été établie dans le château. Parmi les principaux travaux qui lui ont depuis été consacrés, il faut ainsi citer le livre que Jacques d’Welles lui a dédié dès 1960, les recherches entamées peu après par Joël Perrin et poursuivies jusqu’à sa disparition prématurée en 1999, celles menées par Catherine Duboy-Lahonde, et la thèse que Sophie Fradier a soutenue en 2016 sur les frères Souffron, où Cadillac figure en bonne place. Le livre que publie Marc Favreau, version remaniée du mémoire inédit d’une habilitation à diriger des recherches soutenue en 2007, s’inscrit donc dans la suite de ces différents travaux, dont il a bénéficié, mais a le grand mérite de proposer une vision à la fois large et précise du sujet.
Devenu riche et propriétaire d’importantes seigneuries par son mariage en 1587 avec Marguerite de Foix-Candale, petite-fille d’Anne de Montmorency, le duc d’Épernon était notamment entré en possession de Cadillac. Cette terre avait un statut particulier parmi ses biens puisque c’est là que son épouse fut inhumée en 1593, dans la collégiale fondée par ses ancêtres.
On comprend donc que Jean-Louis de Nogaret ait choisi de faire bâtir en ce lieu son grand château, dont le chantier fut ouvert en 1599. Le duc, qui n’avait pas la faveur d’Henri IV et vivait alors retiré loin de la cour, fit avancer avec vigueur les travaux : en 1604, il avait fait achever la maçonnerie de la moitié du corps principal, en fond de cour, avec le pavillon d’angle correspondant et le grand escalier dressé dans l’axe, et faisait travailler au second-œuvre tout en lançant la construction de la seconde moitié du corps principal. Après l’assassinat du roi et le changement de situation politique qui en découla, le chantier avança plus lentement et l’aile sud ne fut achevée qu’en 1620. Le mur de clôture du côté de l’entrée fut élevé en 1626-1628 et l’aile nord ne fut terminée qu’en 1634.
Toutes les étapes de l’histoire du château sont examinées avec la même attention et en s’appuyant toujours sur de nombreuses sources : après l’étude du chantier et de ses suites, un chapitre est consacré à l’analyse de la période bien moins glorieuse qui suivit la mort en 1661 du deuxième et dernier duc d’Épernon et qui vit le château, déjà décrit comme « tombant en ruine » en 1677, être privé au milieu du XVIIIe siècle de ses ailes et de pavillons, avant de faillir être entièrement détruit pour récupérer ses matériaux ; l’achat de la propriété par l’État en 1818 pour y installer une « maison de force » pour femmes puis son usage pour enfermer des jeunes filles conditionnèrent son destin jusqu’en 1952, avant que ne s’engagent les travaux qui permirent progressivement de restaurer le château et de l’ouvrir au public.
La construction et l’architecture du château, auxquels est consacrée la plus grande partie de l’ouvrage, sont également abordées sur tous les plans possibles.
D’intéressantes pages sont ainsi consacrées à tous les acteurs du chantier, des représentants du duc aux artisans divers, aux différents matériaux employés, aux très importantes cheminées, avec leurs incrustations de marbre, aux décors, aux jardins… Il est impossible d’examiner ici tous ces sujets et nous nous limiterons donc à en évoquer deux.
En matière de distribution, M. Favreau a pu rectifier la répartition des différents appartements, grâce à un inventaire dressé en 1652. Il a notamment pu établir que le duc occupait la moitié nord du corps principal au rez-de-chaussée, sous l’appartement du roi, tandis que le second appartement du premier étage, de l’autre côté de l’escalier central, était celui de la reine. Il a de même pu corriger la localisation de la chapelle du château, installée au premier étage du pavillon avant gauche. D’autres points, comme l’emplacement proposé pour la chambre dite Roquelaure, pourraient en revanche prêter matière à discussion. Avoir baptisé « appartement de la duchesse » la moitié sud du rez-de-chaussée du corps principal peut certes paraître logique mais, outre que le premier duc d’Épernon était veuf, sa belle-fille, fille légitimée d’Henri IV, était installée en 1652 dans la petite chambre de l’appartement du roi, commodément située au-dessus de celle de son mari. Ce fait est à signaler car il amène à réfléchir sur l’usage de ces vastes appartements dits du roi et de la reine, qui n’étaient pas nécessairement inhabités hors des rares visites royales.
Le sujet le plus stimulant est cependant celui de la conception du château.
On dispose en effet à ce sujet d’un texte remarquable, compris dans l’Histoire de la vie du duc d’Espernon publiée en 1655 par Guillaume Girard, qui fut longtemps son secrétaire. Manifestement bien informé, puisqu’il indique sans erreur la date de la pose de la première pierre, ce proche du duc raconte que son maître fut vivement encouragé à bâtir par le roi lui-même, qui en 1598 « fit tracer un plan pour Cadillac » et « lui fit donner parole par un de ses architectes qu’il le lui rendroit fait et parfait pour cent mille écus ». La question de l’identité de cet architecte est délicate à résoudre et l’on peut seulement noter avec M. Favreau que, parmi les noms proposés (notamment ceux de Jacques II Androuet du Cerceau et de Louis Métézeau), celui de Pierre Biard est peu crédible, puisqu’il n’a jamais été architecte d’Henri IV. On connaît en revanche les noms de ceux qui, sur place, furent à la tête du chantier : celui-ci fut dirigé de 1599 à 1603 par Pierre I Souffron, « architecte et ingénieur des bastimens de la maison de Navarre et conducteur du bastiment de Cadillac », ensuite remplacé par Gilles de La Touche-Aguesse. Si l’on suit le récit de Guillaume Girard, ces deux hommes, présentés comme « conduisant le bastiment » ou « contrerolleur », auraient donc été chargés d’exécuter les plans élaborés à la demande du roi. Mais S. Fradier et M. Favreau se sont à juste titre demandé s’ils se sont contentés de suivre les modèles élaborés par un autre ou s’ils n’ont pas fait évoluer le projet. Un dessin « pour la devanture du chasteau de Cadillac » offre à ce sujet matière à réflexion. Ce plan montre en effet, entre deux petites salles, une chapelle de plan centré que S. Fradier a rapprochée de ce que le frère de Pierre I Souffron, Pierre II, a fait à la cathédrale d’Auch, idée reprise ensuite par M. Favreau. Si la destination de ce projet ne fait pas consensus (et nous devons ajouter que l’échelle qui y est portée montre que les dimensions des bâtiments représentés ne s’accordent pas très bien à celles du château construit), on pourrait donc avoir là une trace de modifications apportées au projet initial par l’architecte chargé de la conduite, suivant un processus connu par ailleurs à la fin du XVIe siècle. Il reste toutefois à identifier l’écriture des différentes annotations pour déterminer l’auteur de ce dessin et, ainsi, mieux comprendre l’élaboration des plans d’un château qui, comme ne le rend que plus évident le livre de M. Favreau, s’avère incontournable pour comprendre l’architecture française au tournant des XVIe et XVIIe siècles.
Étienne Faisant


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“Le Sens du vent” : des mots pour ressentir”
“Éloignez-vous dans le sens opposé au vent” est la première consigne des pompiers lors d’un départ de feu. Avec ce titre suggestif, Le Sens du vent, Lydie Palaric donne d’emblée le ton de cette chronique du grand feu de Landiras qui a ravagé les landes du Sud Gironde à l’été 2022. Un récit pudique et bouleversant auquel répondent les photographies de Benoît Cary, paysages d’arbres et de terres carbonisés, telle une esthétique de fin du monde, à la fois belle et glaçante.
Le feu. On ne comprendra jamais réellement ce que cela représente, la terre qui brûle, si on ne l’a pas vue et vécue dans ses tripes, comme toutes celles et ceux qui vivaient là ou qui étaient présents, simplement, lors de cet été 2022, quand la forêt des landes girondines s’est embrasée. Pourtant, le récit de Lydie Palaric et les photos de Benoît Cary nous saisissent. Alternant des phrases extraites de conversation réelles et récit à la première personne, l’autrice, qui habite ce territoire, nous plonge dans un univers apocalyptique qui pourrait aussi bien être la toile de fond d’un roman de science-fiction.Dès l’incipit, “Il pleut de nouveau des cendres”, le décor est planté. Dans une économie de mots, compilation de bribes de phrases hachées, interrompues d’exclamations, de silences, d’interrogations qui restent sans réponse, la parole des habitants est livrée avec une authenticité crue, qui nous bouscule. Peur, incertitude, angoisse et désespoir de se sentir impuissants transpirent de ces mots prononcés lors des premiers moments de la catastrophe. Fuir ou rester pour combattre le feu dévastateur ? Par ces premières phrases où le « nous » et l’impératif dominent, Lydie Palaric laisse entendre la panique et la confusion s’emparant de ceux et celles qui se retrouvent confrontés, soudain, à l’invraisemblable.Mais dans ces moments d’intensité effrayante resurgit également ce que les Hommes ont de meilleur. Dans ces paroles d’habitants, on entend aussi des exhortations au courage – un mot qui revient sans cesse –, des élans de solidarité ou de reconnaissance à l’égard de ceux, professionnels comme bénévoles, qui sont restés sur place pour lutter. La résistance s’organise, comme en temps de guerre : “Le feu revient très fort. Je pense à vous tous, courage. On est prêts, on l’attend avec nos moyens.” Par les choix qu’elle opère dans la matière orale récoltée, Lydie Palaric donne ainsi à voir toute la complexité et la palette des sentiments éprouvés lors d’une catastrophe collective.L’impact du texte tient aussi aux passages où l’autrice laisse entendre sa voix, où le “je” prend en charge le récit qui, dès lors, résonne en nous de façon plus intime. En regard des photos de paysages dévastés de Benoît Cary, les mots de la narratrice reviennent avec force sur les moments qu’elle a elle-même vécus. Dans une sobriété qui sied au sujet, sans fioritures ni effets de style déplacés, Lydie Palaric pose les mots sur ce qu’il s’est passé. Le texte est simple, beau, précis, percutant : “Je regarde le sens du vent. Plusieurs fois par jour, je m’informe de la direction que prend le feu. Il est d’une telle puissance qu’il génère son propre vent, complètement imprévisible. […] Il est intelligent, il a sa propre force, comme s’il était doté d’une conscience, élaborant lui-même des stratégies les plus sournoises.”Après la sidération des premiers instants, l’état d’urgence se met en place. Il y a ceux, épargnés, qui ont pu rester pour aider, ceux qui ont dû fuir sans avoir le choix, ceux qui sont partis, puis revenus, incapables de rester loin de la tourmente. S’installent alors l’angoisse, l’attente insupportable, l’épuisement et la colère des habitants face à la médiatisation de leur malheur. “Notre maison a brûlé… Comment avez-vous appris cette triste nouvelle ? On la voit passer en boucle à la télé !!!” Lydie Palaric partage ce sentiment d’irrespect et d’intimité violée : “Des journalistes avides de sensations fortes, à qui on a donné le droit de se rendre sur place, filment et dévoilent cette horreur au monde entier. Ils piétinent ce qui reste de souvenirs.” Le texte pudique qu’elle livre aujourd’hui redonne à cette histoire et à ceux qui l’ont vécue la dignité qu’ils méritent. “Pas de mots…”, écrit-elle. Il faut parfois laisser la place au silence…Reprenons alors notre souffle avant de poursuivre la lecture de ce récit qui suit la chronologie des événements. Lydie Palaric raconte ensuite le retour, le stress post-traumatique et le deuil d’un paysage qui n’est plus : “Je cherche le sommeil. Au moindre bruit, j’imagine encore que l’on vient me déloger, m’évacuer, me sauver. […] Plus de balade aujourd’hui, l’endroit est dangereux et ne ressemble en rien à ces lieux magiques qui accompagnaient mes respirations. En une ou deux nuits, en quelques heures, le feu me les a pris. […] J’ouvre une porte vers l’extérieur et elle est là, la variation, la différence. Je reconnais les lieux qui m’entourent mais tout est noir, teinté de catastrophe.”La mémoire de ce qu’il s’est passé n’est pas près de s’effacer. Lydie Palaric écoute la souffrance de ce paysage brûlé, qu’elle voit et ressent comme celle d’un être vivant et blessé qu’il faudrait achever : “[Les pins fantomatiques] semblent souffrir, je les entends hurler, comme un cri sourd émanant de leur simple présence. Il faut y mettre un terme, ce que le feu a commencé, il faut aujourd’hui le terminer.” Dans l’odeur persistante de la fumée, au milieu de ce paysage noir de cendres, la nature, pourtant, reprend peu à peu ses droits. Des nuances de vert réapparaissent dans les photographies de Benoît Cary, le sol se couvre de mousse dont la couleur, par contraste, paraît presque fluorescente.Mais pour l’autrice, il aurait fallu plus de temps pour digérer la catastrophe, avant que le nettoyage effréné des bois carbonisés ne se mette en place. “On fait vite, mais fait-on bien ?”, se demande-t-elle. L’inquiétude plane quant à l’avenir. Cela va-t-il recommencer ? Lydie Palaric exprime plus qu’un regret, une colère, de voir les pins replantés aussitôt, sans avoir pris le temps de réfléchir aux causes du désastre ni aux moyens de l’éviter dans le futur : “Un jour il ne poussera plus rien sur ces terres que l’on ne cesse d’appauvrir. Pas de retour en arrière possible. Les hommes se moquent de l’avenir à long terme, ils ont trop conscience d’être éphémères. Profiter un maximum et ne rien laisser.”Il lui faudra du temps pour retrouver la “sérénité”, la “paix” et le “calme” auxquels elle aspire. Ce livre est sans doute une première pierre sur ce long chemin.


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Par Margot Delpech Publié le 18 Juil 21
Cadillac : il écrit un livre sur la vie de Léo Melliet, l’ancien directeur de l’hôpital psychiatrique
À Cadillac (Gironde), Pierre Philippe s’est passionné pour la vie de Léo Melliet. Dans son ouvrage, il raconte sa vie, ses combats et les évènements marquants d’une époque.
Pierre Philippe a publié une biographie sur la vie de Léo Melliet, personnage emblématique de l’époque.
Pendant dix ans, Pierre Philippe a tenté de retracer la vie et les combats de Léo Melliet, ancien directeur de l’hôpital psychiatrique de Cadillac (Gironde). Une vie engagée.
En passant dans les allées du cimetière de Duras avec sa belle-famille, Pierre Philippe s’arrête net devant une tombe qui se distingue des autres. Celle de Léo Melliet. Son buste surplombe le caveau. À cet instant, le professeur des écoles, originaire d’Arcachon, s’interroge sur l’homme dressé devant lui. « Je décide d’interroger des Duraquoises au cimetière mais personne ne semblait en savoir plus sur ce Léo Melliet », raconte l’auteur.
Dix ans de recherches
Pierre Philippe se lance alors dans une quête d’informations qui a duré plus de dix ans, « j’ai pris mon temps », dit l’auteur en souriant. De Duras à Paris, en passant par les archives de grandes villes, peu à peu, il réussit à réunir les éléments nécessaires pour constituer le portrait de celui qui était l’ancien directeur de l’Asile d’aliénés de Cadillac. Aussi, député du Lot-et-Garonne et maire du XIIIe arrondissement à Paris, il était l’un des plus populaires de la capitale.
Un révolutionnaire convaincu de Duras
Figure de la Commune de Paris, Léo Melliet avait même réussi à échapper au massacre de mai 1871 car il était l’un de ces « insurgés » qui avait dû s’exiler vingt ans en Ecosse pour échapper à la mort. Révolutionnaire convaincu, on découvre toutes les facettes d’un fils de boulanger qui a vécu toute son enfance à Duras. De son engagement politique dans les régions de France à son poste de directeur de l’asile de Cadillac où il meurt en 1909 en passant par les nombreux combats qu’il mène.
Ancien directeur de l’hôpital de Cadillac
Ce livre, où documents anciens, photos en couleurs et échanges épistolaires cohabitent, témoigne d’une époque où « le désir de fraternité et d’égalité » porte les ambitions d’un homme rebelle. D’ailleurs, Léo Melliet fut surveillé par la police jusqu’à la fin de sa vie, à Cadillac, soupçonné d’avoir été l’un des membres actifs d’une grève de tonneliers.
Ce livre est en vente aux éditions de l’Entre-Deux-Mers. Contact : 05.57.24.14.94.
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Newsletter AQUITAINE HISTORIQUE
“Histoire de s’occuper” n° 8 – Décembre
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A propos d’ouvrages :
Les Editions de l’Entre Deux Mers : editions.entre.deux.mers@wanadoo.fr
ont sélectionné pour les fêtes 3 beaux ouvrages sur Bordeaux dans leur catalogue
– le coffret “L’œuvre du photographe Alphonse Terpereau 1839-1897”
aux origines de la photographie d’architecture en Gironde…
au prix de 35 euros au lieu de 50.
– le très riche livre “Au fil de l’histoire des musées de Bordeaux”
étude très complète et très illustrée de la création des musées de la ville
au prix de 30 euros au lieu de 48.
– la belle collection des “Croquis d’immeubles et d’édifices de Bordeaux”
les dessins de Lucien de Maleville faits dans la ville entre 1952 et 1961
au prix de 15 euros au lieu de 28.
Frais d’expédition offerts à partir de 30 euros d’achat.
Pour passer commande cliquez sur le lien : https://www.editions-entre2mers.com/collection/nos-collections/

Les Macariennes, poème en vers gascons
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Deux nouveaux ouvrages de Leo Drouyn
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