Une église sauvée par Léo DrouynStMartindeSescas_portail

 

En 1857, Léo Drouyn publie dans la Revue de l’Art Chrétien une monographie de plus de 20 pages sur la petite église de Saint-Martin de Sescas. Pourquoi cet intérêt soudain ?

En 1845, il a dessiné son splendide portail pour la Commission des Monuments historiques de la Gironde et il en connaît toute la valeur. Mais il a vu bien d’autres églises être détruites ou mutilées

pour construire des églises néo-gothiques comme les aime le cardinal Donnet. Car, écrit-il avec ironie : « depuis qu’on aime les monuments, on les mutile plus que ne les ont mutilés le temps et les révolutions ».

StMartindeSescas_égliselOr il a appris que « M. le Curé espère qu’on démolira le magnifique portail pour le transporter, pierre par pierre, sur la façade ». Publier cette étude, c’est pour Léo Drouyn attirer l’attention sur cette église, et peut-être ainsi la sauver. « L’église de Saint-Martin de Sescas, écrit-il, a eu le bonheur d’échapper jusqu’à présent aux grandes réparations, aux architectes, et surtout au cinq pour cent. Je crains, hélas ! que ces calamités ne tardent pas à fondre sur elle ».

Un clocher pointu est venu en effet s’implanter sur la façade, mais, peut-être grâce à cette publication et à cette alerte publique, son beau portail est-il resté en place, où l’on peut toujours admirer, même s’il a perdu son porche protecteur.

 

Un portail remarquable

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«La porte, entourée de ses archivoltes, est la partie la plus remarquable du monument, sous le rapport de la sculpture. C’est certainement un des plus curieux portails du département de la Gironde. Il s’ouvre, au sud, dans un avant corps peu saillant et sous cinq arcades en retrait qui, sauf la plus étroite, retombent sur une colonne de chaque côté. Deux petites arcades aveugles accompagnent, à droite et à gauche, les grandes archivoltes de la porte; elles retombent, d’un côté, sur une colonne accouplée à celle qui sert d’appui à l’arc le plus large; ces deux colonnes ont chacune un chapiteau; mais le tailloir est commun; du côté opposé, l’arcade s’appuie sur une colonne unique, et d’un diamètre plus considérable que les autres…

La corniche qui est au-dessus du portail, ornée de cercles ou roues à rayons, est soutenue par des modillons très ornés et séparés par de riches métopes.

 

Les arcades du portail

 

StMartindeSescas_portail_p3Premier arc. – L’archivolte du plus grand arc est orné de boutons radiés ou plutôt d’étoiles. Sur l’angle de l’arc sont sculptés seize personnages, tous debout et de face, mais dont les mains ont des poses différentes. Leur costume varie également quelque peu. Chacun de ces personnages est séparé de l’autre par une console qui n’est qu’un simple plateau de pierre perlé ou non.

Deuxième arc. – L’archivolte est orné d’un entrelacs en forme de 8; sur l’angle de l’arc est un tore d’où partent des tiges droites… De chaque côté de ces tiges, s’épanouissent trois branches recourbées en crosses. Il y a un arbre pour chaque claveau.

Troisième arc. – Sur l’archivolte sont sculptés trente-quatre lièvres se dirigeant vers le haut de l’arcade, de telle sorte que les deux les plus élevés se rencontrent. Il y en a dix-huit à gauche et seize à droite.

Quatrième arc. – Sur l’archivolte, des oiseaux contournés s’entrelacent dans des tiges et se becquettent. Sur l’angle de l’arc, un tore, et sur la face, de larges feuilles rondes.

Cinquième arc. – Sur l’archivolte, des étoiles, et sur l’arc, des chevrons opposés et un tore empâtant l’angle.

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L’intérieur du chevet

 

Le chœur est voûté en berceau plein cintre et le sanctuaire en cul-de-four. L’arc triomphal entre la nef et le choeur est formé de diverses moulures, dont la plus éloignée du centre est couverte de palmettes fleurdelisées.

StMartindeSescas_d_p4Chapiteau sud de l’arc triomphal : Au milieu, un homme habillé jusqu’à la ceinture, paraît pris de vin; il semble rire aux éclats ; ses jambes fléchissent. De la main droite, il cueille un raisin placé à côté de sa tête. A sa gauche, un autre personnage, habillé d’une robe qui descend jusqu’à la moitié des jambes, et qui parait être une femme, le soutient par dessous le bras; elle a le bras gauche englouti par un animal qui se dresse contre elle; à la droite du principal personnage, un quadrupède paraît grimper contre un arbre qui doit être un pied de vigne… Il retourne la tète vers l’homme ivre, en ouvrant la gueule, et de sa queue il lui entoure les reins comme pour l’entraîner…

Chapiteau nord de l’arc triomphal : StMartindeSescas_e_p4

Le chapiteau du nord… représente une bataille entre deux personnages et trois animaux : un personnage debout, couvert d’un vêtement collant, tient dans sa main droite, et par le milieu du corps, un serpent qui, dressé sur sa queue, a l’air de lui mordre la tempe droite ; de la main gauche, il saisit les oreilles ou le haut de la tête d’un quadrupède se dressant contre le flanc d’un second personnage dont il dévore le coude droit; sur l’épaule droite de cet animal est gravée une croix en creux. Enfin, du côté opposé, un autre quadrupède se dresse également contre ce second personnage et lui dévore le bras gauche. Peut être pourrait-on trouver une explication de ce chapiteau dans ce passage de la légende de saint Martin.

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Chapiteaux de la fenêtre axiale

Sur l’un des chapiteaux on voit quatre oiseaux contournés, et sur l’autre des tiges entrelacées. Le tailloir est formé par un personnage bicorporé dont la tête couvre l’angle saillant du tailloir. Le costume de ce double corps se compose d’une simple tunique étroite par le haut, large par le bas, et assez courte pour laisser les jambes à découvert

 

L’extérieur de l’abside

L’abside est semi-circulaire à partir du contrefort qui sépare le chœur du sanctuaire. La corniche de l’abside est appuyée sur trente quatre modillons dont suit la description en partant du nord :

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Six larges et grosses feuilles qui ont une forte saillie (q); un angle de ce modillon est brisé. – Tête d’animal qui ressemble à un loup. – Tête de loup qui mord une espèce de bâton qu’il tient avec ses deux pattes. – Des pampres s’enlaçant autour d’une tige centrale (r). – Tête de clou, surmontée d’une espèce de cartouche (s) . – Rosace à six pétales (t). – Deux cercles concentriques accolés ensemble (u). – Fruste. – Sans ornement. – 10° Un fleuron ou bouton très saillant. – 11° Quatre tores cordés superposés. – 12° Tête de sanglier (x). – 13° Baril, la bonde en bas. – 14° Tête de loup. – 15° Chevrons opposés. – 16° Deux fleurs ou boutons très saillants (y). – 17° Trois fleurs saillantes et semblables pour la forme, mais une d’elles est plus grande que les deux autres (z). – 18° Deux chevrons opposés et des fleurons entre les chevrons. – 19° Tête d’animal. – 20° Deux têtes d’animaux (cochon?) à côté l’une de l’autre. – 21° Cinq oiseaux : en haut, deux en becquettent un troisième placé entre eux ; au-dessous, un oiseau perché sur un autre (aa). – 22° Magnifique fleur très saillante (bb). – 23° Frustre. – 24° Tête d’animal. – 25° Tiges et feuilles entrelacées (cc). – 26° Tête humaine imberbe (dd). – 27° Tiges contournées (gg). – 28° Entrelacs et tiges. – 29° Homme. – 30° Femme. – 31° Tête d’homme barbu. – 32° Magnifique fleur très saillante (ee). – 33° Tête humaine, les yeux hagards et la bouche de travers (ff). – 34° Enroulement de feuillages.

L. Drouyn

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